dimanche 27 mars 2022

Je ne suis pas féministe

Je ne suis pas féministe. Mais je ne suis pas misogyne non plus. J’aime les femmes comme j’aime les hommes. Dans leur diversité.  Les femmes ne sont ni plus ni moins intelligentes que les hommes, si tant est que l’intelligence puisse être mesurable.

En revanche, par de multiples domaines elles se distinguent des hommes. Ces différences sont-elles consubstantielles de leur nature féminine, si tant est qu’il existe une nature féminine ?

Mais dans de nombreux domaines, le fait d’être homme ou femme ne fait pas de différence.

Je suis pour l’égalité de traitement et pour l’égalité de droits.

Je suis opposé à toute discrimination fondée sur la différence de sexe.


Est-ce suffisamment clair ?


J’ai passé une grande partie de ma vie professionnelle entouré principalement de femmes : mon métier est très féminisé.

Je n’en ai pas souffert, bien au contraire. J’ai trouvé des personnes d’un bon niveau intellectuel, ouvertes, tolérantes, et organisées. Toutes qualités que l’on peut retrouver en même proportion chez les hommes. Elles avaient parfois aussi des défauts comme peuvent en avoir les hommes : bavardes, manquant de logique, intrigantes…

Je pense que femmes et hommes sont complémentaires.

Je n’approuve pas le néoféminisme. Je trouve qu’il va trop loin. Je trouve qu’il oppose trop les femmes aux hommes. Il ne doit pas  y avoir de guerre des sexes. Hommes et femmes sont faits pour s’entendre. Pour le bien de l’humanité.

Parlons de l’histoire.

Les femmes ont-elles été exploitées depuis la nuit des temps ? Ne jugeons pas le passé avec les valeurs du présent.

N’ont-elles pas trouvé aujourd’hui une place équitable dans le monde ? Certes pas encore partout, mais justement, nous devons concentrer nos efforts sur ces pays ou l’inégalité persiste et où elle est la plus forte. Mais reconnaissons que dans la partie du monde qu’on appelle « Occident » ou plus étroitement mais plus sûrement en Union Européenne, le statut de la femme a positivement évolué au niveau des droits, je ne sache pas qu’il reste des droits réservés aux seuls hommes ?

S’il reste du chemin à parcourir, et il en reste, il faut parvenir à cette égalité que tant d’hommes et de femmes appellent de leurs vœux. Mais sans la dépasser pour verser dans une inégalité inverse.

Parlons du patriarcat.

Le patriarcat est-il l’ennemi de la femme ?

Le patriarcat est-il issu des religions ?

Parlons des religions.

Les religions sont-elles opposées aux femmes ? Les religions sont-elles un instrument d’oppression des femmes ? Toutes les religions ?

Assumer nos contradictions

 Assumer nos contradictions


Je suis complètement opposé au numérique, je pense qu’il est en grande partie la source de nos problèmes. Je ne serais pas loin de le diaboliser.


Et pourtant ! Je me suis fait vacciner. Je suis conscient que la vaccination est la seule voie pour endiguer la propagation de la pandémie et donc pour sauver des vies.


Et en même temps, je suis de ceux qui pensent que c’est la course effrénée vers plus de numérique qui a créé les circonstances, les conditions d’apparition de ce virus. Je m’explique : c’est en allant vers toujours plus de numérique que l’on valide, cautionne un certain style de monde, propret, aseptisé, capitaliste, égoïste, individualiste. Ce monde numérique est destructeur de l’environnement, mauvais pour l’écologie, pour les forêts, pour la planète.


Et donc la planète réagit, répond, se défend, contre-attaque même.


Je suis opposé au numérique, mais je veux vivre. Pour vivre, je me fais vacciner, car je crois que le virus peut être mortel ou au moins, très dangereux. Je crois aussi que ce virus va muter pour devenir de plus en plus contagieux et dangereux.


Et j’admets que le numérique avec ses QR codes, les pass sanitaires, sont des outils efficaces pour ralentir la propagation de la pandémie.

Plus encore, je sais que le numérique, avec son monde propret, aseptisé, efficace, est consubstantiel de la recherche médicale qui a permis de mettre au point les vaccins, notamment les vaccins à ARN messager.


J’ajoute qu’avec le numérique, c’est le scientisme, cette « religion de la science » que je suis aujourd’hui contraint de réhabiliter si je veux rester honnête et cohérent en allant jusqu’au bout de mon raisonnement.


Assumer mes contradictions, c’est ce que je suis obligé de faire dans ce monde complexe. Le devoir d’honnêteté intellectuelle me conduit dans des méandres sans fin de convictions et de contre-convictions, de renoncements et de contre-renoncements, dans un ballet enivrant de retournements de veste. 

C’est ce qui distingue ma pensée de la pensée commune, car la plupart des gens rechignent à changer, mettent un point d’honneur à rester fidèles à leurs idées, à leurs convictions, et ce faisant, s’enkystent à défendre un seul camp.


Et quand, par exception, ils acceptent de se remettre en question, voire de changer de camp, ils ne le font qu’une seule fois. Continuer de changer les mettrait dans la catégorie des girouettes, ce qui, c’est bien connu, est très péjoratif.


J’ai décidé d’aller explorer cette voie délaissée de la girouette.


Il y a du Edgar Morin dans cette pensée complexe qui admet tout et son contraire.


Car oui, il y a du vrai de part et d’autre. De même qu’en politique. Ni la gauche, ni la droite ne détiennent le monopole exclusif de la vérité, de la voie juste. Ni les extrêmes, ni le centre.


De même en matière de lutte contre le virus, contre le numérique, contre le scientisme, il y a du vrai partout. Et du faux aussi.


Tout dépend la valeur et la signification que l’on donne à la vie.

Que vaut la vie si elle est dépouillée de tout ce qui fait sa saveur ?


La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie !


La pensée complexe, c’est le triomphe du « en même temps ».

Réconcilier les extrêmes

 Desmond Tutu : paix à son âme, Desmond Tutu vient de nous quitter aujourd’hui 26 décembre 2021. Ce grand homme, prix Nobel de la paix 1984, prenait parti et militait en faveur d’une cause, et cependant acceptait de ne pas tout rejeter dans les thèses de ses adversaires.

Je veux m’inspirer de cette ouverture d’esprit et de cette tolérance pour construire une voie qui, sans être celle d’un compromis mou et fade, saurait reconnaître à chaque camp des vérités apparemment inconciliables.

Je veux affirmer que les oppositions sans concession sont une impasse qui ne conduisent qu’à la violence.

Je veux mettre en préalable une valeur indépassable qui est la non-violence.

Toute pensée, toute idée, toute orientation qui conduit à la violence est immédiatement discréditée.

D’autres valeurs sont également nécessaires à la réussite de cette entreprise : l’honnêteté intellectuelle, la bonne foi, le désir d’apaiser, de réconcilier, d’avancer sur un chemin commun.

Il faudra accepter de reléguer au second rang d’autres valeurs sans doute respectables et importantes mais qui seront toujours subordonnées aux premières : la fidélité à mon camp, la solidarité avec mon groupe, le soutien à mon parti.

Entrons dans le vif du sujet en prenant un exemple d’actualité : la fachosphère et les antifas.

Comment tracer une voie honnête et juste entre ces deux camps qui ne sont plus aujourd’hui des

adversaires politiques mais des ennemis qui sont sortis du débat pour entrer en guerre ouverte.

Méthode :

1- écouter, lire, comprendre les points de vue et les idées de chaque camp.

2- rechercher la vérité, les faits avérés, incontestables, prouvés.

Les distinguer des non-faits :

les exagérations, les interprétations, les approximations, les hypothèses, les conjectures, les projections

dont la réalisation est possible, mais incertaine.

3 – écarter, ou au moins, considérer comme tels, ce qui relève de l’idéologie ou de l’émotion.

N.B. : chacun a bien sûr le droit d’éprouver des émotions, de ressentir des émotions, c’est même ce qui

nous différencie des robots, des machines, et nous maintient dans l’état d’humains. Mais on ne doit pas

utiliser ces émotions de manière abusive ou excessive dans le but hypocrite d’obtenir un avantage ou un

privilège.

Continuons dans l’exemple :

Le candidat Zemmour, dans son programme, prévoit, s’il est élu, de supprimer pour les étrangers, et donc de réserver aux seuls nationaux (les Français), les aides sociales non contributives.

Deux points de vue s’opposent alors :

Les antifas : c’est scandaleux !

La fachosphère : c’est normal, on applaudit !

Ne pourrait-on pas trouver une voie médiane ?

Il existe des cas, des situations individuelles pour lesquels l’aide sociale est normale, juste et justifiée et

dans lesquels il serait effectivement scandaleux de la supprimer.

Mais les antifas disent qu’il faut la maintenir dans tous les cas.

Et il existe d’autres cas où l’aide sociale est attribuée alors que non méritée et il est alors scandaleux de

l’attribuer et normal de la retirer.

Mais la fachosphère souhaite la retirer dans tous les cas.

Peut-être donc que la solution passe par un cas par cas que, pour des difficultés organisationnelles on a

toujours refusé de mettre en place.

Commencer par reconnaître cela. Admettre des exceptions dans les deux camps.

Puis vient le temps de la comptabilité. Le désaccord provient souvent de là : l’impossibilité de quantifier précisément. Et donc fantasmer la réalité. Imaginons que nous ayons la possibilité par je- ne- sais quel moyen, de connaître avec précision, sans aucun doute sur la méthode de comptage ni sur l’exactitude des résultats, la répartition de tous les cas dans les deux types de cas cités plus haut.

Peut-être alors découvririons-nous que ce qui sépare et crée le désaccord, ce sont les critères qui décident qu’un cas est acceptable ou ne l’est pas. Le diable se cache dans les détails.

Il faudra alors re-discuter de ces critères et alors peut-être serons nous revenus au point de départ.

Mais peut-être aurons-nous avancé, discuté, envisagé la réalité différemment. Et pour peu que les valeurs de départ n’aient pas été trahies, le chemin effectué n’aura pas été vain.

Autres sujets qui auraient pu servir d’exemple et pour lesquels on pourrait faire débattre des droitards

patriotes identitaires avec des antifas d’extrême gauche en appliquant la même méthode de discussion :

- les délinquants étrangers : traitement identique aux Français ou expulsion ?

- les migrants : accueil inconditionnel ou protection du territoire et retour au pays ?

- le comportement des arabo-musulmans à l’égard des femmes

- le racisme systémique

- le wokisme

- l’islamo-gauchisme : mythe ou réalité ?

- l’expansion de l’islam en France : accueillir, ouvrir, accepter ou rejeter, combattre, résister ?

- la chasse : une tradition à perpétuer ou une pratique dépassée, nocive et à combattre ?

- la consommation de viande : une tradition à perpétuer ou une pratique dépassée, nocive et à combattre ?

- les armes à feu : détention, possession, utilisation, entrainement, circulation...

- le nucléaire : pour ou contre ?

- la consommation de stupéfiants : interdiction, réglementation ou libéralisation

- l’alcool : prohibition ou légalisation ?

- la vitesse sur les routes

- l’utilisation des transports en commun

- les énergies renouvelables (éolienne, solaire, géothermique...) à développer ou à arrêter ?

Le club du bouton rouge

Le club du bouton rouge est conditionné pour toujours appuyer sur le bouton rouge.

Quoiqu'il arrive, devant un choix, c'est toujours sur le bouton rouge qu'il a appris à appuyer.

C'est pas comme si quelqu'un l'avait décidé comme ça pour lui tout seul ...

Non, là c'est le président du club interplanétaire du bouton rouge.

Toute son action est orientée vers un seul geste : appuyer sur le bouton rouge.

Pourtant, devant une question dont la réponse pourrait entrainer la destruction de l'Etat, de l'Humanité,

voire de la Terre entière, il serait fort inconvenant de la part de la personne décidant in fine, de ne pas

choisir la voie de la paix et de la vie.

Par conséquent, il vaut mieux essayer de convaincre le Président de ne pas apuyer sur le bouton, quitte

à renoncer à a des choses (des biens, des positions, des valeurs ?) qui nous paraissaient jusqu'ici

parfaitement indiscutables et inaliénables.

Devant la certitude de la fin du monde, reste-il quelque chose qui ne mérite d'être reconsidéré ? Non.

Tout mérite d'être reconsidéré.

jeudi 31 décembre 2020

Je n’ai pas de smartphone.

Je n’ai pas de smartphone.
Pourquoi ? Ce n’est pas une question d’argent. Ni un manque de compétence. Ni une façon de me démarquer par un orgueil stupide. J’ai choisi de ne pas en avoir par conviction.
En faisant ce choix, en me privant de tous les services rendus au quotidien par cet outil, je fais un sacrifice. Oui un sacrifice. Je sacrifie une partie de mon confort social sur l’autel de ma conviction. Sans hésitation. Sans regret. Mais non sans difficulté.
Ce n’est pas facile de se passer de smartphone en 2020. Et ça l’est de moins en moins au fur et à mesure que l’usage de cet objet se répand et se banalise en rendant, de façon concomitante, sinon coupable, au moins étrange et bizarre, le fait d’en rester éloigné.
Dans mon milieu professionnel par exemple, mes collègues ont créé un groupe WhatsApp pour, disent-ils, communiquer facilement « entre nous ». Sauf que je n’y ai pas accès. Et forcément, je suis tenu à l’écart de ces conversations. Il est encore moins facile pour moi de savoir que mes sœurs ont créé un groupe WhatsApp famille sur lequel elles échangent infos, photos, vidéos et conversations dont je suis totalement exclu.
Il n’est pas facile de tenir ce choix en 2020, mais je le fais parce que, au-delà des dégâts présents, des conséquences sanitaires et environnementales, de la mine jusqu’à la déchetterie en passant par le consommateur, je suis profondément convaincu que les dégâts causés à long terme sur la planète et sur l’humanité sont infiniment supérieurs aux dérisoires avantages qu’il offre dans l’immédiat et qui font son attrait pour le plus grand nombre.
Les conséquences à long terme sont des mutations profondes dans les relations humaines (relations de plus en plus virtuelles et de moins en moins physiques). Il suffit d’observer les critiques de plus en plus fortes qui sont faites aux réseaux sociaux et à ce qu’ils deviennent, à l’opposé de la promesse d’origine. Facebook, Twitter, Snapchat, Télégram, Tik-Tok sont des déversoirs de haine, à tel point qu’il est aujourd’hui question d’une loi pour lutter contre leurs dérives.
Dans mes convictions, il y a celle que chacun devrait en faire autant, parce que le smartphone est un outil de destruction massive. Mais je ne peux contraindre personne à le voir, à le comprendre.
Ceux qui ont un smartphone (pour rappel, entre 84 % et 97 % de la population en France selon la tranche d'âge, en 2020 !, source Statista ) n’ont-ils pas façonné un monde dans lequel je dois vivre malgré tout ? Les infrastructures matérielles engendrées par le smartphone (antennes 4G et 5G, DataCenters, Wifi, etc.) n’ont-elles pas d’impact sur mon espace aussi ? Les mutations sociales liées aux usages (réseaux sociaux, applications disponibles exclusivement sur smartphone, services réservés aux détenteurs de smartphones…), n’ont-elles pas un impact direct sur ma vie aussi, moi qui n’ai rien demandé de tout cela ? Plus les années passent et plus la pression se fait forte sur les réfractaires. Alors qu’on ne vienne pas me faire le coup du : « C’est ton choix, tu l’assumes ! ».
En faisant ce choix, je ne cherche pas spécialement à endosser le costume du super-héros, l’habit du chevalier blanc, la croix du sauveur de l’humanité. Je veux simplement rester fidèle à mes convictions, être cohérent avec mes connaissances. Pour autant, je ne laisserai personne ajouter à mon sacrifice le poids de la culpabilité, en me demandant d’assumer les conséquences de mon choix. Je défends que c’est à ceux qui ont fait, contre toute solidarité, le choix égoïste de posséder un smartphone, de réfléchir aux conséquences de ce choix. Peut-être dans un éclair de lucidité parviendront-ils à changer leurs pratiques. Et, à tout le moins, cesseront-ils leurs accusations. La culpabilité doit changer de camp !

dimanche 7 juin 2020

Béni oui-oui et béni non-non



Lorsqu’on parle de manque d’esprit critique, l’exemple qui nous vient naturellement à l’esprit est souvent celui de personnes qui sont de type « béni oui-oui ». Ceux qui ne peuvent émettre une opinion personnelle et sont toujours d’accord avec la personne qui parle. Ceux-là se laissent facilement manipuler. Mais on pense moins souvent à un modèle aussi fréquent qui est celui que j’appellerais le type « béni non-non ». Il s’agit on l’aura compris du modèle inversé qui reproduit en opposé le même travers que le premier : le manque de discernement adossé à une certaine malhonnêteté intellectuelle, voire à une bonne dose de mauvaise foi.

Certaines personnes croient en effet s’affranchir du modèle oui-oui en adoptant un modèle non-non.
Pour le béni non-non, il s’agit avant tout d’affirmer sa différence, son originalité, sa personnalité par opposition, jusqu’à même refuser d’admettre des évidences, au seul motif qu’elles ont été énoncées par son interlocuteur, qui n’est pourtant pas un adversaire.
Cherchant seulement à éviter le comportement du béni oui-oui, dont elles ont vaguement compris qu’il était stupide, ces personnes ne parviennent toutefois pas à faire l’effort nécessaire pour dépasser ce comportement, se contentant de l’inverser.

Ce faisant, elles passent à côté de l’essentiel et manquent donc une évolution réussie.

Car l’esprit critique ne signifie pas esprit fermé ou systématiquement opposé.
L’esprit critique sait accueillir les vérités et reconnaître les évidences. Il doit même s’appuyer sur elles pour avancer, progresser, personnaliser l’échange, en apportant sa touche personnelle, sa pierre à l’édifice commun, sans pour autant vouloir à tout prix en saper les fondations.

Et s’il veut affirmer un désaccord, il peut évidemment le faire, s’il prend le soin d’apporter des arguments, des exemples ou des contre-exemples, des indices ou des preuves.

En face, l’adepte de l’esprit critique, n’attend rien d’autre que cela et saura reconnaître le point de vue opposé. Il sera reconnaissant à son contradicteur, si celui-ci, par ses illustrations ou son discours argumenté, montre une face de la vérité qui lui était restée cachée jusqu’alors.

Dimanche 17 mai 2020, 14 h 58

vendredi 8 mars 2019

Réhabilitation du hasard, du gaspillage et de l'inefficacité


Depuis les années 1980, la société a choisi de s’inspirer dans tous les domaines de la logique d’entreprise et d’économie. Internet a envahi nos vies.

La recherche d’efficacité, de rationalité s’est répandue comme une trainée de poudre.

Partout on a voulu chasser le hasard et le gaspillage, planifier, mutualiser, rationaliser, rentabiliser, optimiser.

Or ce qui pourrait apparaître comme une louable intention cache en réalité une évolution inhumaine.

À l’école : les enseignants doivent s’inscrire sur des créneaux d’utilisation des équipements (piscine, stade, …), au prétexte de rationaliser l’utilisation de ces équipements, d’éviter le gaspillage des créneaux libres, etc. Cela constitue en vérité une entrave à la liberté de choisir, d’improviser, d’utiliser ces équipements quand bon nous semble.


Dans le domaine de la santé :
Chez le médecin : il devient impossible d’obtenir un conseil par téléphone : tout appel téléphonique débouche sur un répondeur ou une assistance virtuelle. Plus de voix humaine pour échanger avec vous. Une secrétaire médicale, c’est trop cher. Vous êtes dirigé vers un site internet de prise de RV en ligne. On se dirige de plus en plus vers des consultations en ligne, par écran interposé.

Dans tous les anciens « services publics », c’est la même logique qui est à l’honneur, de rentabilité d’efficacité, de mutualisation des moyens… Vive Internet !

On croit s’améliorer, progresser. Mais on régresse. On affaiblit l’humanité.

Contre cette évolution que je juge néfaste, je veux ici réhabiliter le hasard, le gaspillage, l’inefficacité. Comme la lenteur contre la vitesse. Comme la décroissance contre la croissance.

Le hasard ne choisit pas. Il donne les mêmes chances à tous. Il nous met tous sur un pied d’égalité.

Le gaspillage garantit la liberté. Nul besoin de planifier, de se répartir des créneaux, de mutualiser les moyens. De travailler sans stock, à flux tendu. Au contraire, avec le gaspillage autorisé, nous pouvons utiliser les moyens librement, immédiatement, sans autre contrainte que leur disponibilité.

L’inefficacité sert à nous rappeler notre fraternité. Elle nous dit que nous méritons tous notre condition humaine. Ce ne sont pas seulement les meilleurs, les forts, les gagnants, les plus efficaces qui méritent la reconnaissance d’être humain, mais aussi les faibles, les perdants, ceux qui se trompent et ceux qui échouent.

Bien. Une fois ceci posé, il faut impérativement définir des limites.
Car j’entends déjà les oppositions légitimes à ce texte. Mais laissez-moi terminer. Car bien sûr, on ne peut pas s’arrêter là.

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses. Il peut être accepté, toléré, mais pas recherché.
Le gaspillage ne peut pas être illimité. Il peut être accepté, toléré, mais pas recherché.
L’inefficacité ne doit pas être recherchée. Elle peut être acceptée, tolérée, mais pas recherchée.

Sans limites, c’est le chaos qui nous attend. Donc oui, on va devoir poser des limites et rechercher un équilibre, mais ce que j’ai voulu exprimer, c’est une alerte sur le danger que constitue la voie du tout-efficace, du tout-contrôle et du tout-rationnel.

Cette voie nous entrainerait vers un monde ultra-contrôlé, ultra-sécurisé, ultra-rationnel où les libertés disparaitraient peu à peu, dans lequel les faibles seraient peu à peu éliminés et remplacés peu à peu par des machines et des robots.

Mais là je tombe dans la mode de la science-fiction dystopique.

Restons sérieux et revenons au sujet. Car après réflexion, le problème reste entier : quelles limites ?
À quel niveau ? Comment sont-elles décidées ? Qui les pose ?
Il reste à définir une voie juste et équilibrée entre des niveaux de hasard, de gaspillage, d’inefficacité qui soient tolérables et tolérés sans que ce hasard, ce gaspillage ou cette inefficacité ne soient ni combattus, ni recherchés.



Consultation sur le numérique

On entend souvent l’argument selon lequel le monde numérique nous est imposé. Que nous n’avons pas été consultés pour donner notre avis, le ...