lundi 28 avril 2025

Consultation sur le numérique

On entend souvent l’argument selon lequel le monde numérique nous est imposé. Que nous n’avons pas été consultés pour donner notre avis, le choisir ou l’empêcher d’advenir. C’est vrai et il est inadmissible que ce débat public n’ait pas eu lieu. Nous pouvons le regretter. Ceci dit, c’est vrai aussi pour tout le reste (comme le passage de la charrette à traction animale à la voiture automobile, ou l’avènement de la télévision, de la machine à laver le linge, de la recherche médicale, de l’exploration spatiale, et tant d’autres sujets). Et donc pourquoi eût-il été plus normal sur ce sujet - le passage au numérique - que sur d’autres, de nous demander note avis ?)

Et en même temps, par ailleurs et surtout, rien ne dit que si nous avions été consultés, le résultat aurait été en notre faveur. C’est même l’inverse qui est le plus probable. Il y a fort à parier que la majorité silencieuse se serait exprimée en faveur du progrès technique. Les décroissants, les anti-industriels et les techno-critiques sont – hélas – une minorité parmi la minorité que sont les écologistes. En démocratie, le nombre compte. On ne peut pas l’évacuer.

Ed me donne deux ou trois contre-exemples pour montrer que la population générale, lorsqu’elle est consultée n’est pas toujours conformiste ou silencieuse :

- Il évoque d'abord l’existence dans les années 1990 d’une consultation (sondage ?) qui aurait eu lieu avant cette suppression et qui aurait montré que 80 % des personnes interrogées ne voyaient pas l’utilité d’avoir un téléphone portable personnel, outil qui jusque-là était réservé aux hôpitaux, services d’urgence, de police, pompiers, etc... Evidemment, après la suppression des cabines téléphoniques, la donne a changé. qui a facilité l’adhésion au téléphone portable . 

- Je rappelle aussi le référendum sur le Traité de Maastricht en 2005 : Non mais oui.

- Et enfin nous ajoutons la consultation citoyenne de 2020 qui s’est exprimée et dont on n’a pas retenu les propositions. Elle avait pourtant fait des propositions audacieuses et courageuses. Mais comme elles n’allaient pas dans le sens attendu par les pouvoirs publics (et de la finance), ces propositions ont été scandaleusement balayées.

Je le remercie donc d’atténuer mon propos.

Néanmoins je ne pense pas que ces deux ou trois exemples suffisent à invalider complètement l’idée générale. Ils en atténuent un peu la portée, peut-être. Ils apportent un éclairage sur deux cas de prises de position anticonformiste. Cela peut exister. D’accord. Ils montrent aussi et surtout (notamment par l’exemple des téléphones portables) qu’il y a une question de « trop tôt ». Car quelques années plus tard, plus personne ou quasiment ne contestait plus son intérêt. Et sa diffusion fut d’ailleurs aussi une affaire de marché. Tout le monde ou presque a voulu « s’équiper ». Ne pas posséder son téléphone portable personnel, puis assez vite après, son « smartphone », faisait de vous un marginal.

Une affaire de maturité de l’opinion, donc. Or, on entre ici dans un domaine pour lequel les gens de pouvoir se sont fait une spécialité : la manipulation de l’opinion. On sait depuis longtemps le pouvoir des médias sur l’opinion publique. On sait les utiliser. Donc on sait contrôler l’opinion. Plus ou moins quand même.

Mais cela ne change pas le fond. L’opinion publique est et reste majoritairement conformiste.

L’anticonformisme reste l’apanage d’une marge, d’une élite rebelle toujours minoritaire (et qui, paradoxalement, tient absolument à le rester. À tel point que pour certain-es (heureusement pas tous) de ces « élites rebelles », iels iraient jusqu’à quitter le combat et même changer de camp si celui-ci venait à être investi/envahi par la plèbe moutonnière. Il faut accepter d’explorer les méandres de la psychologie humaine pour comprendre ce curieux phénomène. Car ces minables élites rebelles sont avant tout mû-es par leur suffisance et leur désir de se distinguer des autres, voire par l’ambition d’une réussite sociale personnelle dans ce milieu militant, masquée derrière un altruisme de façade. Leur marginalité leur permet d’exister. Encore mieux, ils n’existent que par leur marginalité, leur minorité, leur particularité, leur anticonformisme. Si leurs positions devenaient majoritaires, cela ferait d’eux des conformistes, et cela, ils ne le supporteraient pas. Peut-être en mourraient-ils ! Mais rassurons-les : le changement n’est pas pour demain...)

Pour l’instant en tout cas, dans sa grande majorité, la population générale reste pragmatique, conformiste, avide de consommation de masse et de pouvoir d’achat. Les autres préoccupations, lorsqu’elles existent sont au second plan. Et donc, une consultation sur le déploiement de la 5G aurait peu de chances de rencontrer une opposition forte. D’autant plus que les décideurs auront bien pris soin de ne déclencher cette consultation que lorsqu’ils seront suffisamment certains que l’opinion publique est « prête », que les mentalités sont « à point », que « les carottes sont cuites »… Et c’est toujours eux qui décident du moment où ils « interrogent » ou « consultent » le peuple. Ils attendront toujours que l’opinion soit prête. Et même s’il y a eu quelques ratés par le passé (référendum 2005, consultation citoyenne…). Ces erreurs deviennent de plus en plus rares et improbables. L’expérience sert et l’IA aide...

Alors dormez tranquilles, messieurs/mesdames les élites rebelles. Personne ne viendra pas vous déranger dans votre pré carré d’activiste militant. Personne ne viendra vous contester la place d’activiste reconnu dans le milieu que vous avez atteint au prix de tant d’efforts, de renoncements et de sacrifices. Il ne s’agirait pas que le premier venu vous passe devant maintenant ! Rassurez-vous : le bas-peuple ne viendra pas déranger votre élitisme intellectuel. Vous pourrez continuer à manifester minoritairement et à vous faire opprimer par l’État policier tout en vous drapant dans l’habit du justicier héroïque qui se bat pour la liberté du peuple...

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