Il y a des idées que je n’aime pas. Et ce n’est pas pour autant
qu’elles sont fausses ; il y a des idées que j’aime, et ce
n’est pas pour autant qu’elles sont vraies.
Par exemple, je
n’aime pas l’idée qu’il existerait un lien entre immigration
et délinquance ou criminalité. Cette idée vient percuter mes
valeurs humanistes, universalistes, humanitaires, d’amour,
d’accueil de l’autre, d’hospitalité, de solidarité… Toutes
ces valeurs sont profondément ancrées dans mon esprit, cerveau,
caractère, idéal, etc.
Désigner l’étranger
à la vindicte populaire est tout ce qu’il y a de plus éloigné de
mes valeurs.
« Si tu
diffères de moi, mon frère, bien loin de me nuire, tu m’enrichis.
»
(Notez bien que si
je reconnais l’étranger comme un frère, je ne me sens aucune
affinité avec les délinquants de tout poil.)
Je préférerais
croire qu’il n’existe aucun lien entre immigration et
délinquance. Or c’est faux. Puisque de toutes façons, tout est
lié, il existe des liens entre tout. Ce n’est qu’une
question de degré de lien. C’est-à-dire de lien plus ou
moins direct.
Sans doute
n’existe-t-il pas de lien parfaitement direct entre immigration et
délinquance.
En dépit de ce
qu’en conclut l’article
de The Conversation, l’étude
du CEPII ne dit pas le contraire : « Ce n’est pas le
fait d’être immigré en soi qui conduit à plus de délinquance,
mais des caractéristiques qui, lorsqu’elles se retrouvent chez des
natifs, conduisent également à plus de délinquance. » Ce qui
n’infirme aucunement la thèse du lien indirect que je soutiens
ici, et même qui apporte une confirmation du fait que certaines
caractéristiques conduisent à « plus de délinquance ».
Je ne fais que préciser que ces caractéristiques se retrouvent plus
souvent chez les personnes immigrées.
En revanche, il va
être très difficile, et c’est un euphémisme, de démontrer
l’absence de tout lien entre immigration et délinquance. Ce ne
sera peut-être pas un lien direct, d’accord. Mais si on accepte de
complexifier un peu sa pensée et d’admettre que des liens peuvent
être indirects, alors l’absence de tout lien, y compris indirect,
sera indémontrable.
Je penche donc
plutôt pour l’idée qu’il existe un lien, a minima un lien
indirect, entre immigration et délinquance ou criminalité.
Et cette idée,
cette pensée, ne me plait pas, mais alors pas du tout. Elle a le
défaut de me classer parmi les gens de droite, voire d’extrême
droite, dans la fachosphère et je déteste ça !
Dois-je alors être
fidèle à ma raison qui me conduit à penser ainsi ?
Ou être fidèle à
mes valeurs et rejeter cette pensée parce qu’elle ne me
plait pas ?
Dois-je choisir une
voie médiane de l’entre-deux, du compromis, rester modéré,
centriste ?
Dois-je rechercher
des éléments factuels, des précisions chiffrées (statistiques,
taux, études scientifiques…) pour compléter ma connaissance
rationnelle de sujet ? N’est-ce pas reculer pour mieux
sauter ? Dois-je au contraire, me tourner vers des guides
spirituels ou philosophiques qui me montreront la prévalence des
valeurs sur la raison pure ? Ou l’inverse ?
Comment faire
lorsque nos valeurs et notre raison sont en conflit ?
Toujours rechercher
l’équilibre. L’équilibre et la modération sont la
solution.
« ils
ont les mains propres, mais ils n’ont pas de mains ».
Charles
Péguy à propos des idéalistes, disciples de Kant
Qui
nierait par exemple que l’immigration a des conséquences
sociales ?
Ce
serait stupide car l’immigration est en soi un phénomène social.
Ces
conséquences sociales de l’immigration sont à considérer à la
fois pour la population immigrée, c’est à dire les immigrés
eux-mêmes, et également pour la population générale, ceux qui les
accueillent, ceux qui étaient là avant, la population « de
souche »
1)
Il existe un lien direct entre immigration et
difficulté sociales et financières
En
quittant pays, langue, culture, origines, les immigrés subissent la
plupart du temps un déclassement (même si leur situation était
déjà peu enviable puisqu’ils ont dû partir). En dépit des
efforts d’accueil qui leur est réservé par les autorités, ils
peuvent dans certains cas ressentir l’humiliation de devenir des
citoyens de seconde zone.
De
toutes façons, ils éprouveront naturellement le besoin de se
rassembler pour s’entraider au sein d’une communauté. Il s’agit
d’abord de se nourrir, trouver un logement, du travail, scolariser
les enfants, etc.. (Plus tard, apparaîtront d’autres besoins moins
primaires : célébrer des fêtes, commémorer des événements,
faire vivre leur langue et leur culture, perpétuer des traditions,
des valeurs …). S’intégrer à la République française, une et
indivisible, qui ne reconnaît aucune communauté, peut s’avérer
lointain pour nombre d’entre eux.
Quoiqu’il
en soit, les premières générations cherchent uniquement à
survivre. Pour cela ils acceptent des conditions difficiles,
(logement, travail…) et se retrouvent naturellement, sinon dans des
ghettos, en tout cas souvent dans des cités défavorisées.
Cet
état de faits vient illustrer le lien entre immigration et
difficulté sociales et financières.
Il
serait malhonnête de le nier. Même s’il existe évidemment des
exceptions à la règle, d’une manière générale, tout le monde
s’accorde à reconnaître ce lien.
2)
Il existe un lien direct entre difficultés sociales et financières
et délinquance ou criminalité
Les
enfants de la seconde génération grandissent dans ces conditions
(logement, pauvreté, illettrisme, chômage, drogue, trafic,
délinquance…) et s’il est vrai que, fort heureusement, tous ne
sombrent pas dans la délinquance, il demeure que beaucoup d’entre
eux vont constituer les rangs de ceux qu’on appelle « les
jeunes des banlieues » et dont une part non négligeable
commettront des infractions, des délits ou des crimes et
s’opposeront à la police. C’est un fait.
Vous
l’avez compris, mon propos consiste à enchaîner ces deux liens
directs pour mettre en évidence le lien indirect, mais
néanmoins réel, qui existe entre immigration et délinquance,
criminalité ou même, prison.
Or, je
n’aime pas du tout cette idée, je voudrais croire à l’idée
contraire, mais en même temps, je ne peux rejeter ce qui m’apparaît
avec évidence.
D’où
mon conflit entre valeurs et raison.