Je n’ai pas de smartphone.
Pourquoi ?
Ce n’est pas une question d’argent. Ni un manque de
compétence. Ni une façon de me démarquer par un orgueil stupide. J’ai
choisi de ne pas en avoir par conviction.
En
faisant ce choix, en me privant de tous les services rendus au
quotidien par cet outil, je fais un sacrifice. Oui un sacrifice. Je
sacrifie une partie de mon confort social sur l’autel de ma
conviction. Sans hésitation. Sans regret. Mais non sans difficulté.
Ce
n’est pas facile de se passer de smartphone en 2020. Et ça l’est
de moins en moins au fur et à mesure que l’usage de cet objet se
répand et se banalise en rendant, de façon concomitante, sinon
coupable, au moins étrange et bizarre, le fait d’en rester
éloigné.
Dans
mon milieu professionnel par exemple, mes collègues ont créé un
groupe WhatsApp pour, disent-ils, communiquer facilement « entre
nous ». Sauf que je n’y ai pas accès. Et forcément, je suis
tenu à l’écart de ces conversations. Il est encore moins facile
pour moi de savoir que mes sœurs ont créé un groupe WhatsApp
famille sur lequel elles échangent infos, photos, vidéos et
conversations dont je suis totalement exclu.
Il
n’est pas facile de tenir ce choix en 2020, mais je le fais parce
que, au-delà des dégâts présents, des conséquences
sanitaires et environnementales, de la mine jusqu’à la déchetterie
en passant par le consommateur, je suis profondément convaincu que
les dégâts causés à long terme sur la planète et sur
l’humanité sont infiniment supérieurs aux dérisoires avantages
qu’il offre dans l’immédiat et qui font son attrait pour le plus
grand nombre.
Les
conséquences à long terme sont des mutations profondes dans les
relations humaines (relations de plus en plus virtuelles et de moins
en moins physiques). Il suffit d’observer les critiques de plus en
plus fortes qui sont faites aux réseaux sociaux et à ce qu’ils
deviennent, à l’opposé de la promesse d’origine. Facebook,
Twitter, Snapchat, Télégram, Tik-Tok sont des déversoirs de haine,
à tel point qu’il est aujourd’hui question d’une loi pour
lutter contre leurs dérives.
Dans
mes convictions, il y a celle que chacun devrait en faire autant,
parce que le smartphone est un outil de destruction massive. Mais je
ne peux contraindre personne à le voir, à le comprendre.
Ceux
qui ont un smartphone (pour rappel, entre 84 % et 97 % de la population en France selon la tranche d'âge, en 2020 !, source Statista ) n’ont-ils pas façonné un monde dans
lequel je dois vivre malgré tout ? Les infrastructures
matérielles engendrées par le smartphone (antennes 4G et 5G,
DataCenters, Wifi, etc.) n’ont-elles pas d’impact sur mon espace
aussi ? Les mutations sociales liées aux usages (réseaux
sociaux, applications disponibles exclusivement sur smartphone,
services réservés aux détenteurs de smartphones…), n’ont-elles
pas un impact direct sur ma vie aussi, moi qui n’ai rien demandé
de tout cela ? Plus les années passent et plus la pression se
fait forte sur les réfractaires. Alors qu’on ne vienne pas me
faire le coup du : « C’est ton choix, tu l’assumes ! ».
En
faisant ce choix, je ne cherche pas spécialement à endosser le
costume du super-héros, l’habit du chevalier blanc, la croix du
sauveur de l’humanité. Je veux simplement rester fidèle à mes
convictions, être cohérent avec mes connaissances. Pour autant, je
ne laisserai personne ajouter à mon sacrifice le poids de la
culpabilité, en me demandant d’assumer les conséquences de mon
choix. Je défends que c’est à ceux qui ont fait, contre toute
solidarité, le choix égoïste de posséder un smartphone, de
réfléchir aux conséquences de ce choix. Peut-être dans un éclair
de lucidité parviendront-ils à changer leurs pratiques. Et, à tout
le moins, cesseront-ils leurs accusations. La culpabilité doit
changer de camp !
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