jeudi 31 décembre 2020

Je n’ai pas de smartphone.

Je n’ai pas de smartphone.
Pourquoi ? Ce n’est pas une question d’argent. Ni un manque de compétence. Ni une façon de me démarquer par un orgueil stupide. J’ai choisi de ne pas en avoir par conviction.
En faisant ce choix, en me privant de tous les services rendus au quotidien par cet outil, je fais un sacrifice. Oui un sacrifice. Je sacrifie une partie de mon confort social sur l’autel de ma conviction. Sans hésitation. Sans regret. Mais non sans difficulté.
Ce n’est pas facile de se passer de smartphone en 2020. Et ça l’est de moins en moins au fur et à mesure que l’usage de cet objet se répand et se banalise en rendant, de façon concomitante, sinon coupable, au moins étrange et bizarre, le fait d’en rester éloigné.
Dans mon milieu professionnel par exemple, mes collègues ont créé un groupe WhatsApp pour, disent-ils, communiquer facilement « entre nous ». Sauf que je n’y ai pas accès. Et forcément, je suis tenu à l’écart de ces conversations. Il est encore moins facile pour moi de savoir que mes sœurs ont créé un groupe WhatsApp famille sur lequel elles échangent infos, photos, vidéos et conversations dont je suis totalement exclu.
Il n’est pas facile de tenir ce choix en 2020, mais je le fais parce que, au-delà des dégâts présents, des conséquences sanitaires et environnementales, de la mine jusqu’à la déchetterie en passant par le consommateur, je suis profondément convaincu que les dégâts causés à long terme sur la planète et sur l’humanité sont infiniment supérieurs aux dérisoires avantages qu’il offre dans l’immédiat et qui font son attrait pour le plus grand nombre.
Les conséquences à long terme sont des mutations profondes dans les relations humaines (relations de plus en plus virtuelles et de moins en moins physiques). Il suffit d’observer les critiques de plus en plus fortes qui sont faites aux réseaux sociaux et à ce qu’ils deviennent, à l’opposé de la promesse d’origine. Facebook, Twitter, Snapchat, Télégram, Tik-Tok sont des déversoirs de haine, à tel point qu’il est aujourd’hui question d’une loi pour lutter contre leurs dérives.
Dans mes convictions, il y a celle que chacun devrait en faire autant, parce que le smartphone est un outil de destruction massive. Mais je ne peux contraindre personne à le voir, à le comprendre.
Ceux qui ont un smartphone (pour rappel, entre 84 % et 97 % de la population en France selon la tranche d'âge, en 2020 !, source Statista ) n’ont-ils pas façonné un monde dans lequel je dois vivre malgré tout ? Les infrastructures matérielles engendrées par le smartphone (antennes 4G et 5G, DataCenters, Wifi, etc.) n’ont-elles pas d’impact sur mon espace aussi ? Les mutations sociales liées aux usages (réseaux sociaux, applications disponibles exclusivement sur smartphone, services réservés aux détenteurs de smartphones…), n’ont-elles pas un impact direct sur ma vie aussi, moi qui n’ai rien demandé de tout cela ? Plus les années passent et plus la pression se fait forte sur les réfractaires. Alors qu’on ne vienne pas me faire le coup du : « C’est ton choix, tu l’assumes ! ».
En faisant ce choix, je ne cherche pas spécialement à endosser le costume du super-héros, l’habit du chevalier blanc, la croix du sauveur de l’humanité. Je veux simplement rester fidèle à mes convictions, être cohérent avec mes connaissances. Pour autant, je ne laisserai personne ajouter à mon sacrifice le poids de la culpabilité, en me demandant d’assumer les conséquences de mon choix. Je défends que c’est à ceux qui ont fait, contre toute solidarité, le choix égoïste de posséder un smartphone, de réfléchir aux conséquences de ce choix. Peut-être dans un éclair de lucidité parviendront-ils à changer leurs pratiques. Et, à tout le moins, cesseront-ils leurs accusations. La culpabilité doit changer de camp !

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