lundi 24 juin 2024

Immigration et délinquance

 Il y a des idées que je n’aime pas. Et ce n’est pas pour autant qu’elles sont fausses ; il y a des idées que j’aime, et ce n’est pas pour autant qu’elles sont vraies.


Par exemple, je n’aime pas l’idée qu’il existerait un lien entre immigration et délinquance ou criminalité. Cette idée vient percuter mes valeurs humanistes, universalistes, humanitaires, d’amour, d’accueil de l’autre, d’hospitalité, de solidarité… Toutes ces valeurs sont profondément ancrées dans mon esprit, cerveau, caractère, idéal, etc.

Désigner l’étranger à la vindicte populaire est tout ce qu’il y a de plus éloigné de mes valeurs.

« Si tu diffères de moi, mon frère, bien loin de me nuire, tu m’enrichis. »

(Notez bien que si je reconnais l’étranger comme un frère, je ne me sens aucune affinité avec les délinquants de tout poil.)


Je préférerais croire qu’il n’existe aucun lien entre immigration et délinquance. Or c’est faux. Puisque de toutes façons, tout est lié, il existe des liens entre tout. Ce n’est qu’une question de degré de lien. C’est-à-dire de lien plus ou moins direct.


Sans doute n’existe-t-il pas de lien parfaitement direct entre immigration et délinquance1.


En dépit de ce qu’en conclut l’article de The Conversation, l’étude du CEPII ne dit pas le contraire : « Ce n’est pas le fait d’être immigré en soi qui conduit à plus de délinquance, mais des caractéristiques qui, lorsqu’elles se retrouvent chez des natifs, conduisent également à plus de délinquance. » Ce qui n’infirme aucunement la thèse du lien indirect que je soutiens ici, et même qui apporte une confirmation du fait que certaines caractéristiques conduisent à « plus de délinquance ». Je ne fais que préciser que ces caractéristiques se retrouvent plus souvent chez les personnes immigrées.


En revanche, il va être très difficile, et c’est un euphémisme, de démontrer l’absence de tout lien entre immigration et délinquance. Ce ne sera peut-être pas un lien direct, d’accord. Mais si on accepte de complexifier un peu sa pensée et d’admettre que des liens peuvent être indirects, alors l’absence de tout lien, y compris indirect, sera indémontrable.


Je penche donc plutôt pour l’idée qu’il existe un lien, a minima un lien indirect, entre immigration et délinquance ou criminalité.


Et cette idée, cette pensée, ne me plait pas, mais alors pas du tout. Elle a le défaut de me classer parmi les gens de droite, voire d’extrême droite, dans la fachosphère et je déteste ça !


Dois-je alors être fidèle à ma raison qui me conduit à penser ainsi ?

Ou être fidèle à mes valeurs et rejeter cette pensée parce qu’elle ne me plait pas ?


Dois-je choisir une voie médiane de l’entre-deux, du compromis, rester modéré, centriste ?

Dois-je rechercher des éléments factuels, des précisions chiffrées (statistiques, taux, études scientifiques…) pour compléter ma connaissance rationnelle de sujet ? N’est-ce pas reculer pour mieux sauter ? Dois-je au contraire, me tourner vers des guides spirituels ou philosophiques qui me montreront la prévalence des valeurs sur la raison pure ? Ou l’inverse ?


Comment faire lorsque nos valeurs et notre raison sont en conflit ?


Toujours rechercher l’équilibre. L’équilibre et la modération sont la solution.

« ils ont les mains propres, mais ils n’ont pas de mains ».

Charles Péguy à propos des idéalistes, disciples de Kant


Qui nierait par exemple que l’immigration a des conséquences sociales ?

Ce serait stupide car l’immigration est en soi un phénomène social.

Ces conséquences sociales de l’immigration sont à considérer à la fois pour la population immigrée, c’est à dire les immigrés eux-mêmes, et également pour la population générale, ceux qui les accueillent, ceux qui étaient là avant, la population « de souche »


1) Il existe un lien direct entre immigration et difficulté sociales et financières

En quittant pays, langue, culture, origines, les immigrés subissent la plupart du temps un déclassement (même si leur situation était déjà peu enviable puisqu’ils ont dû partir). En dépit des efforts d’accueil qui leur est réservé par les autorités, ils peuvent dans certains cas ressentir l’humiliation de devenir des citoyens de seconde zone.

De toutes façons, ils éprouveront naturellement le besoin de se rassembler pour s’entraider au sein d’une communauté. Il s’agit d’abord de se nourrir, trouver un logement, du travail, scolariser les enfants, etc.. (Plus tard, apparaîtront d’autres besoins moins primaires : célébrer des fêtes, commémorer des événements, faire vivre leur langue et leur culture, perpétuer des traditions, des valeurs …). S’intégrer à la République française, une et indivisible, qui ne reconnaît aucune communauté, peut s’avérer lointain pour nombre d’entre eux.

Quoiqu’il en soit, les premières générations cherchent uniquement à survivre. Pour cela ils acceptent des conditions difficiles, (logement, travail…) et se retrouvent naturellement, sinon dans des ghettos, en tout cas souvent dans des cités défavorisées.

Cet état de faits vient illustrer le lien entre immigration et difficulté sociales et financières.

Il serait malhonnête de le nier. Même s’il existe évidemment des exceptions à la règle, d’une manière générale, tout le monde s’accorde à reconnaître ce lien.


2) Il existe un lien direct entre difficultés sociales et financières et délinquance ou criminalité

Les enfants de la seconde génération grandissent dans ces conditions (logement, pauvreté, illettrisme, chômage, drogue, trafic, délinquance…) et s’il est vrai que, fort heureusement, tous ne sombrent pas dans la délinquance, il demeure que beaucoup d’entre eux vont constituer les rangs de ceux qu’on appelle « les jeunes des banlieues » et dont une part non négligeable commettront des infractions, des délits ou des crimes et s’opposeront à la police. C’est un fait.


Vous l’avez compris, mon propos consiste à enchaîner ces deux liens directs pour mettre en évidence le lien indirect, mais néanmoins réel, qui existe entre immigration et délinquance, criminalité ou même, prison.


Or, je n’aime pas du tout cette idée, je voudrais croire à l’idée contraire, mais en même temps, je ne peux rejeter ce qui m’apparaît avec évidence.


D’où mon conflit entre valeurs et raison.

1 - Ce qui ne veut déjà pas dire qu’aucun immigré ne deviendra un délinquant.

Dans certains cas exceptionnels, un immigré va devenir délinquant comme un local devient délinquant, c’est-à-dire sans que rien dans cette chute ne puisse être imputée au facteur « immigration ». Il serait devenu délinquant même s’il était resté dans son pays.

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